De Labrang a Langmusi.
Apres s'etre reposes et avoir profite d'un bon restaurant tibetain a plusieurs reprises, les batteries rechargees nous reprenons notre route vers le sud. De Labrang, nous partons en direction de Langmusi. Nous roulons a cote des murs de moulins a prieres du monastere, en le contournant cette fois-ci a velo, ce qui n'est pas sans etonner les pelerins rencontres...
Le ciel est relativement couvert. Ici le temps est tres variable et nous avons droit chaque jour a une ou plusieurs petites averses. Pour la premiere fois depuis le debut de notre periple nous avancons sur une route, toujours aussi bien goudronnee, mais qui monte bien plus regulierement. Cela fait du bien aux jambes qui ont le temps de se reposer entre deux mouvements. Nous longeons de grands espaces verdoyants et une zone remplie de marecages. Chevaux et troupeaux de yaks y trouvent leur bonheur.
Deux hommes a moto nous depassent, puis s'arretent et nous attendent pour nous saluer. L'un des deux autoctones est un moine de la secte des bonnets rouges, dont il y a egalement un monastere a Labrang. A la difference des moines Gelukpa (Bonnets jaunes) les moines de cette branche sont vetus d'habits rouge et blanc, et ont le droit de se marier.
Apres quelques kilometres nous nous arretons acheter du miel a un couple de Ouighour. Sur le bord de la chaussee sont posees des ruches. Les apiculteurs vivent dans une tente sommaire a un ou deux metres de la route. Des conditions de vie qui font relativiser...
Nous quittons la chaussee bien lisse pour attraper une piste de terre et de cailloux.La, nous ne croisons que de rares locaux a motos, encore plus surpris de nous trouver sur leur chemin. Les tibetains ont troque leurs chevaux d'il y a quelques decennies, pour des motos affublees, comme leurs anciennes montures, de beaux tapis. Nous roulons dans de grands espaces verdoyants. Les montagnes dessinent de belles courbes douces, bienque nous soyons toujours aux alentours de 3200m d'altitude. Nous depassons un col a 3500m apres avoir mange nos sempiternelle pates de poulet et nos saucisses en plastique! De l'autre cote s'ouvre une large vallee ou paissent des milliers de betes. Nous observons la vie des nomades-bergers tout en longeant une petite riviere. L'endroit est paisible et reposant, malgre les efforts fournis... Un autre col nous attend, alors que quelques gouttes d'eau arrivent.
Nous poursuivons notre route dans l'espoir de trouver un endroit ou bivouaquer, mais les espaces sont tellement immences que nous ne parvenons pas a denicher un coin ou nous pourrions etre tranquilles. Nous nous arretons donc dans la petite bourgage d'Ampog ou nous trouvons une tres sommaire chambre avec deux lits plutot miteux. De la fenetre de la chambre, nous observons la vie tibetaine: Les femmes rentrent des champs, faucille a la main, foulard couvrant nez et bouche, les hommes a motos enveloppes dans leur epaisse veste a grandes manches decrivent des cercles, facon de montrer que leur engin vrombit mieux que celui du voisin, les enfants rentrent de l'ecole et s'arretent a la boutique du coin acheter quelques sucreries avant le retour a la maison...
En partant a la recherche d'un endroit ou manger, nous faisons la connaissance d'un jeune etudiant tibetain qui nous interpelle par un "Hello, where do you come from". Nous passons le moment du repas en sa compagnie. Un instant sympathique pendant lequel nous pouvons echanger en anglais sur differents sujets tres interressants, et sur l'etat actuel des choses dans la region.
Le lendemain, au petit matin, nous partons visiter le monastere de ce village. A notre grande surprise, les moines viennent de sortir d'un temple, instruments de musique en main, et deambulent dans le champs, face au monastere. Nous assitons a ce rituel avec beaucoup d'interet. Le son des tambours rythme la marche lente des moines, les longues trompes semblent annoncer differentes etapes de la ceremonies, les cymbales participent a accompagner des danses, tandisque les trompettes semblent etre le fond sonore de l'ensemble. Encore une fois bien des choses nous echappent, mais l'essentiel est la, perceptible a l'oeil, meme sans la connaissance approfondie qu'il faudrait pour comprendre l'essence de ce qui est en train de se passer.
Apres ce moment hors du temps, il nous faut reprendre la route. Nous retrouvons le goudron et la circulation, meme si celle-ci reste correcte. Deux cols nous attendent encore. Les paysages ne changent pas beaucoup. Nous commencons a trouver cela un peu monotone. Et toujours le meme probleme pour camper: Nous sommes visibles a des kilometres a la ronde. Nous trouvons une petite chambre ou passer la nuit, dans un village qui ne doit pas etre debout depuis bien longtemps. En effet, des constructions de type lotissement, avec maisons identiques alignees sont disposees selon un quadrillage strict. Nous supposons qu'il y a peu de temps aucun de ces batiment n'existait et que les lieux ne devaient simplement etre occupes que par des tentes de nomades...
Le lendemain nous montons a un premier col dans des paysages semblables que ceux de la veille. Les troupeaux parsement toujours les cotes de la route. Dans la descente d'un second col, un moine est assis, transi de froid, sur le bord de la chaussee. Nous nous arretons et lui offrons un bol de the bien chaud et sucre, sorti de notre thermos. C'est par un large sourire qu'il nous remercie, avant de nous expliquer qu'il est sur la route depuis 3 ou 4 jours, et qu'il compte rejoindre Labrang a pieds pour aller prier...
Apres cette belle rencontre, nous filons, vent dans le dos et arrivons a Langmusi en debut d'apres midi. Dans toutes nos lectures, nous avions ce village etait decrit comme etant purement tibetain, et c'est bien pour cela que nous avons fait le detour. Mais, les choses ici allant a une vitesse grand V, echaffaudages, briques, ciment apparaissent a chaque coin de rue... Une large artere a ete creusee au centre du village. Celle-ci, comme sur le modele haussmanien, a detruit une partie des ancien batiments. La encore la modernisation chinoise est en marche, ou plutot pourrions-nous parler davantage de course effreinee... S'il persiste encore un noyau de cette ville typique, qu'en restera-t-il dans quelques dizaines d'annees, ou meme avant? La question que l'on peut egalement se poser est que les tibetains voient peut etre dans ce changement un gain de confort qui leur convient? Comme souvent, le paradoxe est la!
Nous prenons plaisir a nous balader dans les ruelles etriquees de ce petit village de montagne. Le coeur du village est reste typiquement local: maisons blanches avec murs d'enceinte enfermant une courette, lourde porte d'entree en bois peinte en rouge, toit en lamelles de bois, palissades de branches tressees, et fagots de bois deposes sur le toit...Deux monasteres distincts se font face de part est d'autre de la riviere qui separe le village en deux.
Le jour suivant nous montons sur la montagne qui surplombe le village. Au sommet se trouve un cimetiere celeste.
A notre arrivee nous derangeons deux rapaces occupes a se nourir des restes de la depouille d'un defunt qui a ete depose la... Le lieu est envahit de drapeaux a prieres, indiquant son caractere sacre. Une hache est posee a terre. Celle-ci a certainement du servir a decouper le corps... Sur place, l'imaginaire s'emballe et reconstitue la scene... Dans notre culture, cette procedure apparait comme etant un acte barbare, mais que penserait un tibetain a qui on expliquerait que nous, europeens, nous enfermons les corps de nos defunts dans des boites jusqu'a ce qu'ils pourrissent?...