84km d'asphalte, entrecoupes parfois de quelques petits kilometres de piste dus a des travaux d'agrandissement de la route: Voila notre premier jour de velo depuis Derong vers Shangri La. Le long du Yang Tse, dans de profondes gorges, nous avancons contre un vent de face tres violent. Il est difficile d'avancer meme quand la route descend...
Pour nous requinquer rien ne vaut un peu de changement: Nous troquons nos pates de poulet et saucisse en plastique contre des pates de canard et saucisse aux champignons. Quelle variete! Bloques une heure dans les travaux, au milieu des mini-bus, camions qui ne cessent de klaxonner, et moto qui tentent malgre tout d'avancer en force, nous n'arriverons qu'a la nuit dans un petit village routier.
Nous trouvons a notre grande surprise une chambre tres propre pour la maudique somme de 30Yuans, soit 3,5euros pour deux!!! La dame de l'hotel nous prepare un repas excellent fait de pommes de terre sautees aux oignons, riz, porc aux legumes, aubergines, et choux-fleur...
Le deuxieme jour de velo sera moins facile...Avant d'arriver au paradis (Traduction du mot Shangri La) nous traversons l'enfer... Nous commencons notre grimpette journaliere a 2000m d'altitude pour rejoindre un col situe a 3600m: Je vous laisse faire le calcul! Ce petit denivele sur 40km... Mais les paysages sont beaux. Nous quittons une belle vallee agricole ou tout le monde s'affaire dans les champs de pomme de terre, de mais. Les yaks ne font plus partie du paysage. Ici ce sont de petits anes gris , charges comme des mules (!), qui aident au travail des champs et au transport de charges.
Les facies des gens ont bien change aussi. Nous sentons que nous quittons progressivement le monde tibetain pour un monde beaucoup plus chinois. Les visages s'arrondissent, les casquettes Mao sont portees par femmes et hommes, les femmes travaillent en pantalon dans les champs, les yeux se brident, les gens sont plus petits, mais toujours aussi sympathiques. Ils nous encouragent dans cette montee raide qui nous mene jusqu'a des lacets qui nous permettent de prendre rapidement de l'altitude. Plus haut c'est dans une foret de petits cypres que nous progressons. Chauffes pas le soleil ceux-ci degagent une odeur bien agreable. Nous trouvons en ces lieux un climat bien plus doux et sec, meme si aujourd'hui le ciel se charge partiellement de gros nuages. La vegetation des hauteurs que nous avons connue jusqu'a present a laisse place a une vegetation plus rase et seche. Le chant continuel des oiseaux nous indique qu'il fait bon vivre dans ce decor.
Pendant notre montee au col nous sommes accompagne de mille camions qui klaxonnent a tour de bras pour annoncer leur arrivee. La conduite sonore depasse l'entendement car le frein est ici un accessoir optionnel. Les chauffeurs klaxonnent, mais pas question d'appuyer sur la pedale de frein pour perdre de la vitesse. L'autre en face n'a qu'a se pousser!
Apres avoir depasser sur notre droite une station de ski ( qui nous annonce clairement que nous entrons en zone de plus en plus touristique), nous attaquons les derniers kilometres avant le col. La route est en travaux. L'ancien goudron n'existe plus et il nous faut pousser les velos pour atteindre le point haut de notre journee. Cela nous fait perdre beaucoup de temps car en plus de pousser nos montures, il faut laisser la place aux camions qui deboulent et aux voitures qui ne font pas mieux... La priorite est laissee au plus gros: La loi de la jungle de la circulation. Nous sommes bien loin de la Norvege ou le pieton et le cycliste sont rois!
La suite jusqu'a Shangri La ne s'annonce pas plus simple. Nous descendons sur une piste boueuse, detrempee. Les camions se font une joie de nous eclabousser, ou d'accelerer a notre rencontre. Nous sommes contraints de nous arreter et de plonger lamentablement nos pieds dans ces flaques de boue qui s'infiltre dans nos chaussures... Nos velos s'embourbent. Nous ne pouvons plus freiner tellement tout est englue. Nous perdons encore une autre heure a nettoyer tout cela avant de continuer sur une piste plus seche. Il est tard, la nuit arrive. 16km nous separent de la ville. Nous continuons, tant pis... Plus bas nous longeons un grand lac. Les pluies dernieres ont dues etre tres violentes car des maisons et les treilles des agriculteurs baignent litteralement dans l'eau. Tout a du etre inonde.
Le lac a deborde, et a emporte au passage une partie de la route. Plus que 8km. On sort les frontales, et on poursuit cette route infernale. Mais ou est ce beau goudron annonce sur les road book de plusieurs cyclos? Disparu, envole... Maintenant il faut pousser les velo sur une piste molle de boue, ou les ornieres de presque un metre parfois nous ralentissent. Les mini-bus derapent a nos cotes. Et nous voila bloques une heure au milieu des travaux. Une file de camions et voitures est devant nous. Au dessus de nos tetes les ouvriers continuent a creuser la montagne... Une notion de securite comparable a celle de leur conduite! Peu rassures nous attendons, jusqu'a ce que le cortege avance et nous permette de trouver enfin le goudron tant attendu. Nous rejoignons la ville de nuit, peut-etre une chance d'ailleurs car la circulation est moindre. Crottes jusqu'aux os, nous deparaillons avec ce qui nous entoure. La ville nouvelle brille de mille feu. C'est la seconde ville la plus grande que nous ayons rencontre jusqu'ici, apres Lanzhou. Ca clignote partout. Les hotels de luxe sont plus grand les uns que les autres. Les tenues occidentales des gens nous surprennent. Nous etablissons notre camps de base dans un petit hotel touristique de la vielle ville, dont il ne reste plus grand chose. Rues pavees, maisons en bois, le lieux est tres joli. Dommage qu'a chaque coin de rue se trouve un magasin de souvenirs touristiques et de "faux" artisanat... Atables, une biere a la main et attendant un plat de poulet/ frites (!) et une pizza (re!!), nous avons du mal a realiser ou nous sommes. C'est donc ca le Paradis? Nous venons de basculer dans un nouvel univers, un monde ou on ne nous devisage plus, ou trente personnes ne s'aglutinent plus autour de nos velos, ou on ne nous interpelle pas en nous lancant un "Tashidelek" ou un "Helooooooo", un monde ou on se fond completement dans la masse, ou plus un regard ne se pose sur nous avec un grand point d'interrogation au fond de l'oeil... Nous sommes dans un monde qui est presque celui de chez nous, ou les choses ont ete occidentalisees, ou le confort existe. Il est bon, c'est vrai, ne le cachons pas de retrouver ces bonnes douches chaudes, ce bon cappuccino bien sucre, cette musique jazzy, en tapotant sur le clavier d'un ordinateur qui fonctionne, sans etre enfume dans un cyber cafe ou tout le monde crache par terre, voire sur l'ecran... Mais meme en profitant de ce confort retrouve, nous ne pouvons nous empecher de penser que maintenant la route sera certainement plus facile, mais peut-etre aussi parfois bien moins authentique... Alors, paradoxalement, pour se consoler, on reprend un cappuccino bien chaud et bien sucre, et pourquoi pas avec un pancake?...